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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 10:48

"Chaque critique que l'on fait, chaque jugement que l’on porte à l'égard d'autrui est comme un sort que l'on jette à soi-même." Don Miguel Ruiz

 

 

Nous sommes trop souvent enclins à nous fier aux apparences, à nos émotions et ressentiments, ce qui fait que nous manquons de distance et de détachement pour prendre conscience de ce qui se joue profondément en nous. Nous ne voyons qu'en surface des superficialités et nous ne voyons pas en l'autre, le reflet de nos failles, aspérités, manques, imperfections, peurs...!

Les apparences réduisent le champ de vision qu'à ce que nous voyons en surface, mais ce n'est qu'une partie d'un tout. Lorsque nous voyons la mer, elle nous apparaît comme étant un vaste champ de vagues, chacune étant unique. Mais si nous regardons sous la surface de l'eau, les vagues nous paraissent uniformes, un vaste ensemble inséparable qui se meut dans un perpétuel mouvement.

 

Il peut être difficile de faire une place à l'autre quand on le perçoit différent de soi, alors que si nous étions attentifs à ce qu'il nous renvoie, nous pourrions nous apercevoir qu'il est le reflet de nous-mêmes et que ce reflet qui nous est renvoyé, met en lumière des aspects insoupçonnés de notre personnalité, sources de nos divisions et tiraillements intérieurs.

Chacun ne peut (Se) donner que ce qu'il a dans son cœur. S'il nous est difficile de s'accepter soi, il nous est difficile d'accepter l'autre, qui est alors jugé aussi durement que l'on se juge.

 

«Aimer un étranger comme soi-même implique comme contrepartie: s'aimer soi-même comme un étranger» Simone Weil

 

 

Nous sommes parfois en plein paradoxe et en contradiction avec nos valeurs!

 

 

Lorsque ce que nous voulons en surface se «heurte» à ce que nous refusons en «profondeur», il y a alors obstacle à sa réalisation.

Alors que nous souhaitons un monde meilleur, que nous-nous voulons ouverts sur le monde et que nous cherchons à valoriser le bien vivre ensemble, sur la question de l'accueil et de l'ouverture à l'autre, nous pouvons parfois être en contradiction avec nous-mêmes. Car bien que nous soyons des êtres sensibles, accueillants, généreux et solidaires, capables spontanément d'élans de cœur envers ceux qui nous émeuvent, notre sociabilité a des limites.

Nous nous voudrions «lisse» et sans «aspérité», mais dès lors que nous «touchons» nos limites, nous sommes en proie à des agitations mentales face à ceux qui nous renvoient, par effet miroir, nos failles et nos faiblesses. Nous pouvons alors nous montrer inhospitalier et fermés.

 

 

Les peurs liées à notre enfant intérieur blessé, sont toujours présentes !

 

 

Il y a une vulnérabilité en nous, liée à des traumatismes et peurs enfouies profondément. Quand on est confronté à des réminiscences d'un passé refoulé, à des peurs enracinées dans la petite enfance inhérente à un vécu «douloureux», nous pouvons malgré notre désir d'ouverture, avoir une certaine méfiance ou crainte, à l'égard de ceux qui nous paraissent «menaçants». Ces peurs ont de multiples «visages» en lien avec des situations vécues comme étant : de privation, manque, carence affective, maltraitance, humiliation, rejet, abandon, injustice, trahison... Parmi les craintes, il a aussi celle d’être dupé, moqué, insulté ou même violenté.

Pour se protéger de nos peurs, nous les avons inconsciemment mises à distance par un système de protection, de déni et de compensation que nos comportements traduisent, ceux-ci étant manifestés dans notre manière d'être. Ainsi, pour compenser les manques de l'enfance, nous avons besoin de nous sentir aimés, reconnus, acceptés, protégés sécurisés... et notre vie tourne autour de ces compensations.

Mais les choses ne se passent pas toujours comme on le voudrait, car il peut arriver que nous soyons confrontés à des situations qui nous connectent à des souffrances passées, ce qui vient réveiller nos peurs.

 

 

Face à l'inquiétude d'une «menace» que produit l'inconnu en soi, ce rapport à l'autre peut nous confronter à une période d'inconfort et d'insécurité «refoulée», rapport intériorisé de l'autre en soi et projeté au dehors de soi.

 

 

En se focalisant sur ce qu'il émane d'inquiétant et de dérangeant, l'exclure est alors un échappatoire pour certains individus. Pour eux, il devient le support de toutes leurs projections, le bouc émissaire sur lequel ils font porter le «fardeau» de leurs failles et faiblesses; imperfection, intolérance, manques, etc..

De surcroît dans un climat instable d'un monde traversé par diverses crises générant plus de précarité et dans une période où il y a à faire face au terrorisme, cette angoisse suscitant peurs et inquiétudes, peut resurgir à l'égard de l'étranger qui, pour fuir une guerre qui sévit dans son pays, demande l'asile. Cette peur domine certains esprits, peu enclins à accueillir une population de réfugiés.

 

 

Par ignorance, nous «jetons un voile» sur ce qui de nous est déplaisant et se faisant, nous rejetons ceux qui nous renvoient à notre «imperfection», à notre intolérance...

 

 

Cet écho qui est produit en nous, nous est dérangeant. Nous prêtons alors à l'étranger des intentions peu louables mais invérifiables, tout un procès d'intention à son encontre!

L'identification aux peurs nous met sur la «défensive» avec pour obsession de mettre une distance entre l'autre est nous, sans chercher à comprendre que ce qui émane de lui de dérangeant, n'est que le reflet extérieur de notre état intérieur. Pourtant, grâce à ce reflet de nous-mêmes, nous pouvons gagner en liberté d'être, apprendre à mieux nous connaître et développer la tolérance, la patience, la compassion, etc.. Une voie qui mène à la reconnaissance et à l'acceptation et, par extension, à considérer cet autre comme étant un autre soi-même.

 

Qu'est-ce qu'un être humain ?

Fondamentalement, vous n'êtes pas différent de moi. Peut-être êtes-vous grand et né en Angleterre et moi né en Afrique avec la peau foncée, mais tout au fond, le fleuve, le contenu du fleuve, c'est de l'eau. Le fleuve n'est ni asiatique ni européen, c'est le fleuve.

L'amour n'est pas anglais, américain ou indien. La grande souffrance n'est ni la vôtre ni la mienne, c'est la grande souffrance. Mais nous nous identifions à la souffrance : c'est ma souffrance, pas la vôtre. Pourquoi vouloir nous identifier à quelque chose ?

Puis-je apprendre sur moi-même sans accumuler en permanence des données sur moi-même ?
Krishnamurti

 

 

Les stratagèmes de l'ego manipulateur!

 

 

Il y a en nous un «hôte manipulateur», qui cherche à prendre le contrôle de notre vie. Pour se faire, il utilise des stratagèmes afin d'obtenir de nous la satisfaction de ses désirs, qui sont parfois en contradiction avec que nous voulons vraiment. «Je est un autre», disait Rimbaud.

 

D'un point de vue spirituel, l'ego ferait écran à notre vraie nature générant une confusion dans la représentation que l'on a de soi. Cette «fausse personnalité» constituée de souvenirs douloureux, à travers des schémas de souffrance nous plonge dans l'illusion. Dans cette disposition de l'esprit, nous avons une perception erronée du monde qui nous entoure.

Il faut voir cet autre en nous, comme étant toujours sur la «défensive» et ne supportant pas d'avoir tort. Pour lui, aucune remise en question possible, les autres sont «pointés du doigt» celui du jugement. Ce qui a pour effet de produire entre eux et nous, une barrière qui est celle des préjugés, nous empêchant ainsi de voir en soi, une part obscure de nous-mêmes.

Tout cela bien sûr n'est qu'une illusion produit par le mental! Il nous faut en sortir pour s'apercevoir que l'étranger que l'on rejette, vient par effet miroir nous confronter à ce qui est enfoui en soi d'inacceptable, d'étrange, de laid..., bref, tout ce que l'on attribue à un autre que soi et que nous refusons de voir en soi. Il nous faut prendre conscience de cette dualité qui se joue en nous, car il y a la réalité et, une réalité subjective créée par le mental ego qui vient y mette un voile.

 

 

Des situations peuvent «réveiller» en nous des peurs archaïques enfouies profondément.

 

 

La pauvreté par exemple peut faire écho à une grande peur liée au manque (misère, famine, perte d'emploi...). Sous l'emprise de cette peur et comme pour s'en protéger, nous pouvons être plongé dans une sorte d'«aveuglement psychologique», ou être dans l'évitement, une manière de mettre la misère à distance de soi, par peur qu’elle ne soit contagieuse.

Ce qui pourrait expliquer pourquoi, alors que nous sommes capables de bienveillance, que des êtres humains soient ainsi traités sous nos yeux dans une société où il y a pourtant beaucoup de richesse. Je pense ici à l'extrême précarité de ceux qui sont malgré eux, obligés de vivre dans la rue dans une grande détresse. Cela ne veut pas dire que nous soyons insensibles ou indifférents à la misère d'autrui, non, car nous savons faire preuve de générosité et nous mobiliser massivement.

 

Tant qu'elle s'exprimait peu, la misère paraissait loin et ceux qui vivaient dans la rue étaient considérés comme étant des marginaux, des originaux, souvent traités avec dédain, les nommant de clochards, de pochtrons ou d'ivrognes, une manière de les marginaliser davantage pour ne pas voir ce qui se joue en soi, de rejetant de soi.

Car en leur faisant porter le «fardeau» de leur condition de vie, c'est quelque part une manière de ne pas affronter le véritable problème, celui de notre intériorité sombre, cette part d'«inhumanité» envers nous-mêmes, qui fait que l'on se néglige, se rejette et s'abandonne!

 

Cette réalité trop douloureuse à vivre, ne peut être imaginée pour nous-mêmes et tant que cela touche les autres, nous espérons en être «préservés». Ce qui explique peut-être que nous soyons à un point «englués» dans un «pas bouger» généralisé, alors qu'il suffirait d'agir ensemble pour forcer les politiques à résoudre ce problème de pénurie de logements.

Nous-nous laissons «gaver» d'images de guerre, d'attentats, de misère..., comme pour nous anesthésier d'une réalité insupportable à voir et cela nous «plombe» les yeux, par peur d'y voir en elle le reflet de ce que nous pourrions nous aussi, vivre. Une réalité trop douloureuse qui peut être cause de cet «aveuglement collectif», pour ne pas voir ce qu'engendre cette misère grandissante qui se déploie tous les jours sous nos yeux.

Cette «mise à distance» inconsciente des choses, nous met dans l'illusion qu'elle nous éloignent de nos appréhensions, une manière de s'en protéger. Beaucoup d'ailleurs, se cachent derrière la société comme pour s'exclure de toute responsabilité.

Alors qu'en prenant soin des plus fragiles, nous éprouvons un grand bien-être, car ils nous «humanisent» et nous réparent.

 

«Si vos yeux sont aveuglés par vos soucis, vous ne pouvez pas voir la beauté d'un coucher de soleil». Jiddu Krishnamurti

 

 

Il y a une peur qui est celle de l'intrusion, qui peut faire écho au «Paradis perdu» !

 

 

Le «Paradis perdu» renvoie à cette période de plénitude pour le nourrisson, qui est bouleversée par l'intrusion du père dans le duo mère/enfant. Cette période «paradisiaque» durant laquelle le nourrisson fusionne avec sa mère en totale plénitude, et où il ne se perçoit pas lui-même comme étant séparé et distinct d'elle, est «menacée» lors de sa construction identitaire. Période définie par LACAN, où il prend alors conscience de son image dans le miroir. Par là même, il s'aperçoit aussi de l’existence d'un autre, son père, qui jusque là lui était étranger, avec lequel il doit désormais composer et rivaliser. Ce qui le soumet à bien des frustrations.

Dès lors, la vie de l'enfant est chamboulée par ce qui se «joue» dans ce trio familial, et il se crée alors une certaine confusion dans son esprit. Des tensions s'opèrent entre le «Je» et le «Nous». Le «Je», parfois se soumet et se «noie» dans le «Nous».

Un flou s'installe alors dans son esprit d'enfant, car ce père qu'il découvre qui lui est à la fois familier et étranger, angoissant et fascinant et aussi attirant, génère en lui moult émotions d'amour et de haine.

Comme il lui est difficile de rivaliser avec cet «autre», pour être vu et aimé et pour garder une relation privilégiée, il refoule ce qu'il ressent et tente de se distinguer en prouvant sa valeur. Une manière pour lui de garder l'amour de sa mère et de plaire à ce père qui lui parait «menaçant». Amour qu'il pense «conditionné» à l'image que ses parents projettent de lui dans leurs regards et dont il essaie de répondre du mieux qu'il peut pour ne pas les décevoir. Parents qu'il idéalise jusqu'à ce qu'il découvre qu'ils ont des failles et qu'ils ont recours au mensonge (père noël, petite souris...), désabusé, il se sent trahi, soudain, tout son monde s'écroule! Un «tsunami» dans la vie de l'enfant qui peut entraîner une perte de confiance en l'autre!

 

 

L'obligation d'accueil d'étrangers, peut réveiller cette peur de l'intrusion!

 

 

Tant que cela se passe au dehors, il n'y a aucun problème. La solidarité s'organise, les aides humanitaires et secours affluent de partout pour venir en aide à des populations, quel qu'en soit le pays. Mais sous l'emprise de cette peur, l'étranger n'est pas le bienvenu «chez soi» et peut faire l'objet de rejet. En proie aux peurs, le regard qui est porté sur l'étranger en demande d'asile, ne peut être neutre et bienveillant et cela se traduit dans la manière de le percevoir et de le «traiter».

En fabriquant une réalité subjective sur une situation qui nous paraît menaçante, le mental ego, «jouant» sur des émotions perturbatrices, établit en soi une division entre soi et autrui, nous donnant l'illusion qu'il peut nous être dangereux.

Alors que chacun souhaiterait pour lui-même aide et assistance s'il se trouvait menacé, sous l'influence d'une peur, un système de défense se met consciemment ou inconsciemment en place: répression, résistance, déni, évitement, mise à distance, projection, jugement, rejet, agression... Autant de moyens de nous tenir à l'écart d'une réalité qui serait trop douloureuse. Ceux-ci étant bien souvent «appuyés» par tout un cortège très subjectif de préjugés, d'apriorismes, d'idées préconçues et d'un comportement qui peut parfois être hostile, méfiant, humiliant, rejetant, hautain, dédaigneux, repoussant, dévalorisant, voire même raciste est stigmatisant.

 

 

Il y a un chemin qui nous libère, c'est celui de la compréhension!

 

 

Ce chemin laisse place à l'audace, au courage, au calme, à la paix intérieure..., mais il appartient à chacun de vouloir l'emprunter. Certaines prises de consciences peuvent être douloureuses face à cet autre que l'on est tenté d'exclure de notre réalité. Il peut être douloureux de s'apercevoir qu'il est le reflet de nos contradictions, entre ce que nous paraissons être en surface et ce qui est profondément en nous, comme des «limitations» ou toute autre rigidité de l'esprit.

Engagé dans cette voie, nous avons à être authentique et vrai envers nous mêmes, sans plus chercher à être autre que ce que nous sommes, mais nous-mêmes ici et maintenant. Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons sortir de cette dualité qui nous divise intérieurement, source de bien des souffrances. Mais nous devons aussi lutter contre l'ignorance en prenant conscience que juger, c'est comparer, alors même que chacun de nous est particulier, incomparable, unique. Personne n'est absolument bon ou mauvais, il n'y a que des différences particulières qui différencient chaque individu d’un autre .

 

Dès lors que nous faisons face à nos peurs, nous pouvons comprendre ce qu'elles tentent de nous exprimer. Ce que l'autre nous renvoie, peut nous aider à mettre en lumière notre part d'ombre, comme nos failles, «fêlures», blessures, peurs ... Un changement s'opère en soi, car nous ne sommes alors plus «prisonnier» de nos faiblesses, mais créateur d'un nouvel état d'esprit. Cette meilleure connaissance de soi permet d’œuvrer avec plus d'humilité et de bienveillance en faveur de relations apaisées, d'abord de soi à soi et ensuite, de soi à l'autre.

 

 

Ainsi «pacifié» intérieurement, il est alors plus aisé de «voir» le reflet de notre intériorité renvoyé par l'autre, qui jusque là était invisible à nos yeux.

 

 

En gagnant en liberté, nous sommes libérés de l'emprise que pouvaient avoir nos attirances et répulsions personnelles, mais aussi de nos envies et refus! N'étant plus systématiquement centré sur soi, nous comprenons que l'autre aussi de par son vécu, peut avoir des souffrances, que ces actions peuvent être guidées par un conditionnement dont il fait l'objet. Ses actes peuvent être condamnables, mais nous savons l'en discossier, car nous ne l'y identifions pas.

 

Cette prise de conscience nous amène alors à réajuster notre regard. nous permettant d'accepter l'autre dans sa globalité et comme un autre soi.

Car en acceptant de voir en nous ce qu'auparavant nous étions dans l'incapacité ou refusions « de voir », un travail d'acceptation s'effectue et se faisant, lorsque nous devenons acceptables à nos yeux, l'autre devient lui aussi acceptable.

De plus, quand nous nous acceptons dans notre globalité et que nous nous autorisons à être ce que nous sommes à tout instant, quel que soit notre état intérieur, il n'y a plus aucune source de division ou de tiraillement intérieur, car nous sommes en congruence et unifiés à nous-même. Ainsi, tout naturellement nous permettons aussi à l'autre d'être ce qu'il est, sans rien attendre de lui, ni rien lui imposer, nous l'acceptons tel qu'il est.

Nous entrevoyons alors chez l'autre les mêmes richesses immatérielles que nous avons, des valeurs humaines qui peuvent être le socle d'un monde meilleur. Au-delà de nos divergences, de nos couleurs de peau, de nos différences, de nos religions..., il y a un lien qui nous lie et nous unit et qui est bien plus fort, c'est celui de la fraternité. On s'enrichit des diversités culturelles, des différences, rencontres, mixités...


Pour illustrer ma pensée, je vous invite à (re)découvrir ce magnifique texte «Les trois portes de la sagesse » de Charles Brulhart / Décembre 1995

 

Les Trois Portes de la Sagesse

 

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.

– Éclaire-moi sur le Chemin de la Vie, demanda le Prince.

– Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les préceptes inscrits sur chacune d’elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton cœur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi.

Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie. Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire:

 

“Change le Monde.”

 

C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas.

Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du cœur. Il réussit à changer certaines choses, mais beaucoup d’autres lui résistèrent.

Bien des années passèrent. Un jour, il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas.

– C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire:

 

“Change les Autres.”

 

C’était bien là mon intention, pensa-t-il . Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration.

Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.

Un jour, alors qu’il méditait sur l’inutilité de ses tentatives de vouloir changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses.

– Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Sois reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir.

Et le Vieil Homme disparut. Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots

 

”Change-toi toi-même.”

 

Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire, se dit-il. Et il entama son troisième combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser.

C’est bien, dit le Sage.

Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de me battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise.

– C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la troisième porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait:

 

“Accepte-toi toi-même.”

 

Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois dans l'autre sens.

Quand on combat, on devient aveugle se dit-il.

Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui: ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda:

Qu’as-tu appris sur le chemin ?

J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement.

– C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la troisième porte.

À peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut:

 

“Accepte les Autres.”

 

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie. Celles qu’il avait aimées et celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage.

Qu’as-tu appris sur le chemin ? demanda ce dernier.

J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement.

C’est bien, dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte. Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut:

 

“Accepte le Monde.“

 

Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois.

Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur Perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Était-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est là, il existe, c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à l’accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement.

C’est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde.

Un profond sentiment de Paix, de Sérénité, de Plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita.

Tu es prêt, maintenant, à franchir le Dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du Silence de la Plénitude à la Plénitude du Silence.

Et le Vieil Homme disparut.

 

Prenez bien soin de vous.

Geneviève

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Published by Geneviève MARTIN BOISSY - dans articles
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commentaires

Angeline 21/03/2017 14:40

j'aime me promener ici. un bel univers.

Masque 13/03/2017 19:36

Bonjour Geneviève, aucune autre voie que " l'acceptation " ? Mettre son énergie dans l'action pour le changement est une chose qui parait évidente, le cours naturel des choses, préférant faire demi tour pour voir l'inscription "accepte le monde", la voie de la résignation est des plus difficile, mais, c'est ce qui me semble être la voie a suivre pour accepter les choses avec sagesse, une bien rude épreuve.

Cordialement.

Masque 13/03/2017 00:11

Tres joli a lire : les trois portes de la sagesse ; bien qu'il est plus facile a lire qu'a vivre, ayant lu cet article en commençant par cet histoire, pour ensuite voir un commentaire qui me ramène au monde "réel " ; accepter que les choses soient ainsi, qu'il n'aurait pu en etre autrement, on pourrait dire qu'on récolte ce qu'on a semé, le passé rattrape le présent, ont peu dire aussi que rien est du au hasard, en dernier cas, l'avenir a court terme est prévisible, ce qui est certain, les choses économique et sociale ne pourront que évolués, reste a savoir si l'humain pourra évoluer ou régresser ? Comment peut on accepter son présent quand on est conscient des choses inhérentes aux sociétés humaines ? Comment se résigner a accepter toute cette comédie ? Voir au dela des apparences des choses humaines, c'est se doté d'un savoir, un savoir trop grand pour soi quand on refuse de le mettre en pratique, on se sent comme spectateur d'une danse macabre, comment peut on se réjouir d'un tel spectacle ? Nul intention de vouloir changer quoi que ce soit, ne juge ni les uns ni les autres, juste attrister, une colère intérieure que les choses soient ainsi depuis des milliers d'années, personne a qui en vouloir ou du moins tout le monde ou personne, difficile d'accepter les choses en toute sérénité.

Geneviève MARTIN BOISSY 13/03/2017 08:10

Bonjour Masque,

Je vous remercie pour avoir pris le temps de découvrir cet article et pour votre commentaire. Oui cette histoire des trois portes renvoie à un idéal, qui suppose de faire une travail sur soi.Il appartient à chacun de vouloir ou pas, faire ce « pas libérateur ».
L'acceptation est à ne pas confondre avec la résignation ou une obligation à se « plier » malgré soi. Dans l'acceptation, il n'y a pas non plus d'abdication, ni de démission et ni de défaite, tout cela appartient au monde de l'ego .

L'acceptation et un lâcher-prise sur ce que l'on ne peut changer, sur ce où l'on n'a aucune prise. Cela permet d'être en paix intérieurement. Changeons ce que nous pouvons changer et cela suppose des prises de décisions et acceptons l'impuissance humaine. Mettons l'énergie de la colère en faveur de l'action pour le changement. Ensuite, il n'y a pas d'autre issue que cette voie qui est « l'acceptation » pour aller dans le mouvement de la vie, sans avoir à lutter à contre un courant. Bien à vous

yveline 06/02/2017 11:42

j'ai lu ton article, il est très bien pensé, bien que je ne sois pas d'accord sur tout.Vis à vis des migrants ok ces malheureux n'étant pas bien chez eux, ils cherchent un monde meilleur, comme l'ont fait autrefois les Italiens, les Espagnoles, les Polonais il ne faut pas l'oublier.Il faut que nos dirigeants trouvent une solution que satisfasse tout le monde.

Geneviève MARTIN BOISSY 07/02/2017 07:13

Je te remercie Yveline pour ta visite sur mon blog. :-)

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  • Je suis psychopraticienne de courant humaniste et auteure d'un recueil de poèmes: "Au fil de mes vers l'éveil sur soi". J'ai été référente et superviseur d'élèves en psychosomatothérapie et animatrice en relaxation. 
Cette citation me rejoint: «Quand changer et apprendre ne sont plus synonymes de recherche des défauts, des erreurs et des fautes, mais essentiellement quête des richesses, des potentialités et des qualités existantes, alors la démarche qui favorise cette évolution, peut devenir une fantastique opportunité de croissance offerte à l'intelligence humaine» Auteur inconnu
  • Je suis psychopraticienne de courant humaniste et auteure d'un recueil de poèmes: "Au fil de mes vers l'éveil sur soi". J'ai été référente et superviseur d'élèves en psychosomatothérapie et animatrice en relaxation. Cette citation me rejoint: «Quand changer et apprendre ne sont plus synonymes de recherche des défauts, des erreurs et des fautes, mais essentiellement quête des richesses, des potentialités et des qualités existantes, alors la démarche qui favorise cette évolution, peut devenir une fantastique opportunité de croissance offerte à l'intelligence humaine» Auteur inconnu

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