Le besoin de reconnaissance, une quête pour beaucoup!
Dès le plus jeune âge, pour se construire, l’enfant a besoin de regards bienveillants posés sur lui. Il a besoin de se sentir accepté, regardé et aimé, accueilli tel qu’il est, dans le respect de son individualité. C'est ainsi qu'il gagne en estime de soi et en liberté d’être.
C’est donc à travers le regard de ses proches, qu’il intègre la manière dont il est perçu et elle impacte considérablement sur la manière dont lui-même se perçoit. Ainsi, l’enfant se construit à travers ce regard aimant ou rejetant, valorisant ou dévalorisant, rassurant ou menaçant, etc.. Cette image il en fait sienne, se l’approprie, pensant qu’elle reflète ce qu’il est vraiment.
Le besoin de reconnaissance est en lien avec le manque d’estime de soi, estime qui se «construit » durant l’enfance.
L’estime de soi se construit donc selon la manière dont les parents et/ou les proches posent le regard sur l’enfant, lequel influence la manière dont l’enfant se perçoit lui-même. S’il se sent accepté, aimé, choyé, entouré, protégé, sécurisé…, il se sentira ayant de la valeur et digne d’être aimé, ce qui lui donnera une plutôt bonne estime de lui-même.
S’il acquiert une faible estime de lui, il se peut qu’il soit en proie au doute, manquant de confiance en lui et qu’il soit vulnérable au regard de l’autre, au travers duquel il cherche à être "accepté et aimé". Étant sensible à la critique ou à l’éloge, à la tolérance ou l’intolérance…, ce regard lui parait rassurant ou menaçant.
S’il a une tendance à se dévaloriser, il peut se dire qu’il est nul, il en est de même s’il ne se sent pas à la « hauteur » des attentes. Il sera affecté par son propre jugement qu’il rencontrera dans le regard de l’autre, sans avoir conscience que c’est lui-même qui renvoie cette image.
De ses blessures de l‘enfance en ressort une dépendance au regard de l’autre, auquel il aura du mal à se détacher, ayant besoin de se sentir exister dans ce regard.
Pour celles ou ceux qui ont manqué de reconnaissance, leur quête sera de combler ce besoin.
Ce manque de l'enfance est une blessure qui va chercher la "voie de la guérison" à travers le regard qui leur est posé par autrui. Regard dont ils sont dépendants et qui peut les mettre en souffrance. Ces personnes cherchant à se sentir aimées, considérées, valorisées, sécurisées, acceptées…, elles attireront des regards, en écho à ce qu’elles pensent et renvoient d’elles-mêmes et se laisseront impacter émotionnellement par ce que les autres pensent d’elles.
De plus, elles ont souvent bien du mal à s’affirmer, à être en accord avec ce qu’elles sont, ou ce qu’elles ressentent intérieurement, ce qui n’est pas sans engendrer de conflits internes et/ou externes.
Étant très sensibles à la manière dont elles sont perçues, pour se faire apprécier il ne leurs faut surtout pas déplaire quitte à répondre aux attentes et désirs de l’autre, en se « niant » au besoin quelques fois. C’est pourquoi, elles sont parfois tiraillées entre le désir de satisfaire autrui et leur(s) propre(s) désir(s). La raison à cela est la peur du jugement, la peur de déplaire et de ce que va penser l’autre.
Combien d’entre elles aimeraient se montrer sans artifice, dans tous leurs états, sans avoir à se cacher derrière une apparence. Mais elles ont beaucoup de mal à cela, car même lorsqu’elles veulent s’affirmer, leur inquiétude demeure par peur d’être jugées.
L’apparence est un critère important parmi les préoccupations de beaucoup d’individus et pour certaines personnes plus que d’autres. Celles qui sont en besoin de reconnaissance, se préoccupent davantage de comment bien paraître. Pour trouver de la considération et de l’estime dans le regard de l’autre, certaines affichent une « image de façade », s’habillant selon la circonstance et adoptant des comportements de rigueur pour être conformes à la norme et aux exigences sociales de cette société de « l’image.
Alors qu'il y en a qui se « fondent » dans le moule pour ne pas se sentir sous le « feu des projecteurs », d’autres au contraire vont attirer l’attention, en adoptant des comportements particuliers, voir même provocateurs ou exubérants. D’autres encore, vont se dévaloriser ou se sentir indignes d’être aimés...
Ainsi par exemple, pour se faire remarquer ou pour masquer leur mal-être, certaines personnes feront des pitreries, d’autres l’exprimeront en « sur-jouant » pour masquer une dévalorisation… D’autres encore, chercheront à se faire accepter en étant d’une gentillesse extrême, etc.
Leurs propres jugements leurs font imaginer tout un tas de scénarios de ce que pourrait penser l’autre, ce qui bloque toute initiative! Il y a sans cesse une petite voix dans leur tête qui émet des affirmations telles que: « si je fais ceci ou cela, l’autre va penser cela de moi…. . Alors que personne ne peut savoir ce que pense l’autre, ni même comment il peut réagir. Sa réaction peut être celle que nous n’attendions pas et elle peut bien nous surprendre.
Donner de l’importance au regard de l’autre, c’est lui donner du pouvoir sur soi.
Le « pouvoir » que nous lui accordons est parfois tel, que nous le laissons influencer nos actions. S’en remettre au regard de l’autre, c’est lui permettre d’émettre à notre encontre un jugement et de déterminer notre « valeur ». En donnant du crédit à son jugement, c’est aussi d’une certaine manière se « décrédibiliser » à nos yeux et manquer d’affirmation de soi.
Si la peur du jugement nous habite, n’est-ce pas parce que nous-mêmes sommes enclin au jugement, en voyant dans le regard de l’autre, le reflet de notre propre jugement et évaluation?
Alors que sans connaissance de notre histoire personnelle, l’autre ne peut être « juge ». Pourquoi? Parce que son jugement ne peut être neutre, il passe par ses propres filtres émotionnels. Il peut donc être altéré et manquer d’objectivité jugeant en fonction de sa propre histoire et de sa vision qu’il a sur le monde. Son jugement ou regard, dépend de l’écho que cela fait en lui (de ce que nous lui renvoyons). Pour être dans la neutralité, il faut pouvoir s’en extraire et prendre de la distance.
Toutefois si le regard de l’autre est attentif et bienveillant, il peut être aidant.
Son regard peut nous aider à voir en soi, ce que nous n’osions pas regarder auparavant, comme, nos culpabilités, nos peurs, nos doutes, nos échecs, nos dévalorisations, nos refus, nos limitations, nos responsabilités, etc., pour résumer, notre vision « positive » ou « négative » de soi et du monde. Nous sommes face à une dualité: « moi et les autres », favorable/défavorable, rassurant/menaçant, sympathique/antipathique, plaisant/déplaisant, en proie à la critique ou à l’éloge. Il est le révélateur de nos blocages, de nos fêlures, de nos dévalorisations et de notre système de pensées et/ou penser, où il y a cette même propension, comme chez l’autre, à juger autrui.
Si nous sommes « alignés », en phase avec ce que nous sommes et ce que nous dégageons, et ce, quel que soit le regard qui nous est porté, il nous appartient alors de donner ou pas, d’importance à ce regard. Nous avons simplement à l’accueillir avec détachement, ce qui permet de ne pas se laisser influencer et ni de s’identifier à lui. Ce que pense autrui de soi, lui appartient. Nous avons donc à améliorer l’estime de soi pour ne plus être affecté par le regard qui nous est porté.
S’estimer, n’est-ce pas se re/connaître, s’apporter soi-même cette reconnaissance qui parfois fait défaut?
En « s’émancipant » du regard de l’autre, nous gagnons en liberté d’être.
Il est ici question de se libérer de « l’emprise » du regard de l’autre, d’arriver au lâcher-prise. Cela revient à s’émanciper de ce qui domine notre esprit et l’obscurcit.
Ce que j’appelle s’émanciper du regard de l’autre, c’est accepter que ce regard soit parfois critique, peu ou pas aimant et qu’il ait une perception peu plaisante de nous. De la même manière que nous acceptons avec joie ce qui nous plait, n’avons-nous pas aussi, à accepter ce qui nous déplait?
Si nous sommes affectés par ce regard, nous pouvons alors nous interroger sur ce qui a été « touché » en nous. Si notre propre regard sur nous, n’est pas ou peu aimant, il n’y a rien d’étonnant à ce que le regard de l’autre vienne en miroir, en réponse à cette image que nous avons de nous.
S’affranchir du regard de l’autre demande de faire un travail sur soi, de faire l’analyse de nos blocages; angoisses, peurs, sentiments, etc., mais aussi d’entraîner notre esprit à une nouvelle façon de percevoir positivement et objectivement le monde qui nous entoure.
Nous devons apprendre à mieux nous connaître, à « entendre » ce qui résonne au plus profond de nous, à identifier nos forces et nos faiblesses et à « lâcher » les croyances qui nous limitent. N’aurions-nous pas à re/considérer par exemple, que ce que nous pensons ou plutôt, jugeons, être comme étant un échec, serait une expérience à travers laquelle chacun expérimente la vie pour son apprentissage?
Il nous faut donc avoir le courage de mettre un terme à tout ce qui peut nous causer du tourment et de s’affranchir de toute dépendance, terrain propice au mal-être. Nous devons apprendre à nous écouter, nous respecter et à nous ouvrir aux autres, en assumant ce que nous sommes, quitte à déplaire.
Ce qui compte surtout, c’est de gagner en estime de soi, qui permet de re/trouver la confiance en soi. Poser un regard bienveillant sur soi, implique d’accepter toutes les parties, tant nos parts d’ombre que de lumière, en s’acceptant tels que nous sommes. L’acceptation de soi nous unifie à nous-mêmes et nous relie aux autres!
"C'est parce qu'on imagine simultanément tous les pas qu'on devrait faire qu'on se décourage, alors qu'il s'agit de les aligner un à un." (Marcel Jouhandeau)
Pour finir, voici un texte Line St-Germaim , qui exprime magnifiquement, je trouve, le besoin de reconnaissance.
Pour me faire aimer, j'ai vraiment tout essayé, j’ai même changé de personnalité.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, j’ai acheté la paix, même si cette paix me troublait.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, j’ai pris tous les blâmes sur moi, même si je n’en étais pas la cause. Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer,
j’ai tout accepté même de pardonner l’impardonnable.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, j’ai accepté de me faire blesser verbalement, sans jamais riposter, J’ai saigné abondamment et j’ai léché mes plaies.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, j’ai consenti à me faire rabaisser plus d’une fois.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, je n’ai rien dit afin de vous protéger, et j’ai tout enduré.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, je vous ai comblé de cadeaux Et vous en avez largement profité,
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, je vous ai donné du temps que je n’avais pas pour moi.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, j’ai toujours fait les premiers pas, même si vous saviez pertinemment que c’était à vous de les faire.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, j’ai essayé de vous faire comprendre tout en douceur, de différentes façons, mon besoin de vous, mon besoin de votre amour.
Mais ça n’a rien donné.
Pour me faire aimer, j’ai finalement compris, après plusieurs années de travail acharné, que c’est moi que je devais tout simplement AIMER…